Leçons de leadership en mer : entre la Barbade et la Martinique

Quand un leader ose nommer ses propres limites, il ouvre la porte à une culture plus saine, plus durable et plus humaine.

Un voyage en voilier qui m’a appris autant sur moi que sur l’art de soutenir une équipe.

Quand l’imprévu s’invite à bord

Le 28 décembre 2025, j’atterris à la Barbade vers 16 h 30. La chaleur est lourde, l’air salin colle déjà à la peau. À 20 h, on lève l’ancre vers les Tobago Cays. Treize heures de navigation de nuit nous attendent.

Et puis, en pleine nuit, un petit grain nous surprend. La mer s’agite, le voilier devient nerveux. Je me surprends à penser : «Est-ce qu’on coule?» Rationnellement, je sais que non. Mais le corps, lui, ne négocie pas. La peur monte vite.

Ce qui me ramène, ce soir-là, ce sont mes réflexes d’équipière acquis lors de mes formations en navigation. Je me revois répéter la liste mentalement : comment arrêter le bateau, comment désengager le pilote automatique, comment contacter les secours avec la radio VHF.  Cette visualisation me calme. Elle rassure la fille ultra organisée que je suis, celle qui respire mieux quand les bases sont claires.

Avec ma flotte de sécurité, mes Gravol, mes repères techniques… je traverse. Fière et secouée. Oui, les deux peuvent cohabiter!

Le pilote automatique : merveilleux… mais pas magique

Le pilote automatique, c’est fantastique. Il maintient le cap, compense les vagues, soulage la fatigue. Mais la mer m’a rappelé une chose toute simple : il faut savoir l’arrêter au bon moment. Grain ou pas grain, lui, il continue. Il ne peut pas faire preuve de jugement.

Magnifique occasion d’établir un parallèle avec la magie de l’intelligence artificielle et les outils que l’on intègre en entreprise. Quand tout roule, on peut se laisser porter. Mais quand les conditions changent — délais, tensions, fatigue, conflits silencieux, imprévus —, l’humain doit reprendre les commandes.

Parce qu’un outil ne perçoit pas le non-dit. Il ne voit pas le regard fuyant. Il ne sent pas la fatigue qui s’accumule dans l’équipe. C’est là que le leadership empathique entre en scène : savoir quand ralentir, quand ajuster, quand reprendre le gouvernail avant que l’équipe s’épuise.

Naviguer d’île en île : la vraie école de la gestion du changement

Du 1er au 4 janvier, on enchaîne les traversées : la Barbade, les Tobago Cays, Sainte-Lucie, puis la Martinique. Treize heures et demie vers Sainte-Lucie sur un voilier complètement incliné. Mes petites pilules roses m’aident à combattre la nausée et à dormir! On se fait sérieusement bousculer, mais on arrive en un morceau.

D’île en île, on apprend. On essaie, on se trompe, on s’ajuste. Et chaque escale me ramène à ce que je vis avec mes clients : la gestion du changement, c’est exactement ça.

  • On planifie tout le mieux possible, mais l’imprévu fait partie de l’aventure.
  • On apprend par mimétisme, en observant celles et ceux qui ont déjà traversé.
  • On se donne le droit de commettre des erreurs pour mieux se relever.
  • On accepte que chacun.e s’adapte à son propre rythme.

C’est vrai en affaires. C’est vrai dans la préparation à la relève. C’est vrai dans la cohabitation des générations en entreprise. Pour une personne, ça va aller vite. Pour une autre, l’adaptation sera plus longue. Accueillir cette différence, c’est déjà du leadership.

La Martinique : accueillir le calme (et la routine!)

Le 4 janvier, on entre dans un quai en rangée d’oignons en Martinique. La chaleur est accablante, mais autour de nous, on parle français. (Il y a même des catamarans de luxe de Montréal!)

Et là… la routine reprend ses droits, même au paradis : sortir les vidanges, faire le lavage, les courses à pied ou à vélo, le sac à dos chargé. Sans climatisation. Ouf!

J’avais apporté mon ordinateur portatif, persuadée que je pourrais travailler. Mais en sueur, avec le soleil qui s’infiltre par les petits rideaux, la concentration n’y était pas. J’ai dû annuler une rencontre virtuelle pour un appel de projets qui se terminait pendant mes vacances. Imprévu de la vie!

Ce moment-là m’a ramenée au fait que, même avec toute la volonté du monde, il y a des journées où les conditions ne permettent pas d’avancer. Et ce n’est pas un échec — c’est une réalité. On compose. On lâche prise. On y reviendra.

Après 4 ou 5 jours, je commence à m’endurer. Une seule journée de moustiques, beaucoup de crème solaire, peu d’exposition directe, et mon corps suit!

Naviguer seule (ou presque) avec mon copain : un défi rempli de confiance

Du 5 au 13 janvier, mon copain et moi naviguons à deux sur le voilier. Tout un défi pour moi, car mon cours d’équipière date de juillet 2024 et je ne m’étais pas pratiquée depuis.

C’est ma première navigation côtière à deux, juste mon partenaire et moi. Stimulant… et confrontant! Parce que dans ce contexte-là, tout devient plus tranché : si l’un flanche, l’autre doit tenir. Et si les deux traversent un mauvais moment, il faut revenir à l’essentiel : à la présence, aux gestes appris, à la confiance.

Et finalement? Tout s’est vraiment bien passé. On avait les conditions parfaites : la mer calme entre les îles, le vent de 10-15 nœuds, la parfaite température, et surtout, la confiance.

Ce qui vient nourrir une conviction profonde : on a souvent plus de capacités qu’on ne le croit. Encore faut-il se donner la chance d’essayer, dans des conditions qui nous permettent de réussir.

Accueillir des amis à bord : prendre la posture du leader

À un moment du voyage, on a accueilli un couple d’amis sur le voilier. Et même si je ne suis pas capitaine de formation, j’ai pris naturellement la posture du leader pour sécuriser nos invités.

J’ai tout expliqué en détail : quoi faire, quoi ne pas faire, où se tenir, comment se déplacer. J’ai été à l’écoute des non-dits, observé le non-verbal, repéré les malaises. Quand mon ami a ressenti un inconfort, je l’ai accompagné avec calme — comme des capitaines l’avaient déjà fait avec moi.

Ça m’a fait sourire. Parce que c’est exactement ce que je vis avec mes clients :

Comment soutenez-vous votre équipe, concrètement?

Souvent, on ne se croit pas capable de porter ce rôle. Et pourtant, on a toutes et tous des forces tranquilles, cachées en nous, qui ne demandent qu’à émerger au bon moment. La visualisation positive, le mimétisme des modèles qu’on a observés, l’écoute active : ça se travaille. Ça s’apprend en se lançant.

Règles, listes, SST : un cadre qui sécurise au lieu d’étouffer

En voilier, il y a un tas de règles, de tâches, de listes de contrôle. La minutie, la rigueur, l’esprit d’équipe, c’est non négociable pour qu’une balade reste agréable.

Et c’est là que je fais un lien direct avec la SST (santé et sécurité au travail). J’ai d’ailleurs accepté le poste de Formatrice à temps partiel pour les Responsables en SST et les comités en SST, parce qu’en voilier, je révisais chaque jour, sans m’en rendre compte, les volets clés des listes de contrôle SST :

  • Un programme de prévention qui rassemble les bonnes pratiques;
  • Un programme de santé qui protège les humains à bord;
  • Des directives claires sur le qui, le quoi, le pourquoi.

Bien fait, ce cadre n’est pas une contrainte : c’est ce qui rend l’autonomie possible. C’est ce qui permet à un.e nouvel.le employé.e d’apprendre, à un gestionnaire de déléguer, à une équipe de progresser en confiance.

Je suis une personne de listes, de procédures, de structure (les gens qui me connaissent le savent). Et je reste convaincue que ces outils sont au service de l’humain, pas l’inverse.

Ma première plongée sous-marine : apprendre à m’affirmer

Le 4 janvier, autre grande première : ma première plongée sous-marine pour aller voir les tortues. J’avais obtenu ma certification Open Water Diver en août 2025, mais c’était mon vrai baptême en milieu naturel.

Je suis un peu peureuse pour les nouvelles aventures, je l’avoue. Être sous l’eau, hors de mon contrôle habituel, c’est confrontant pour moi. J’aime tout prévoir, et sous l’eau, il peut y avoir des imprévus.

La plongée s’est très bien passée : 60 pieds pendant 45 minutes, en tenant la main de ma binôme. Le groupe était composé de membres de ma famille, dont plusieurs formateurs. Je ne pouvais pas avoir de meilleures conditions. «C’est maintenant ou jamais», me suis-je dit.

Deux jours plus tard, en me regardant dans le miroir, je constate que mes yeux sont tous rouges. Pendant la descente, j’avais senti une grande pression sur mes yeux. J’avais tellement peur d’avoir de l’eau dans mon masque que je l’avais collé trop fort à mon visage. Résultat : maux de tête et compresses froides 2 à 3 fois par jour…

La morale de l’histoire? J’ai trop attendu pour signaler à ma binôme, sous l’eau, qu’il y avait quelque chose qui clochait. Je pensais que c’était normal — mais non. Il aurait suffi de souffler par le nez pour rééquilibrer la pression.

Même formée, même préparée, on peut hésiter à nommer les choses. Et pourtant, s’exprimer au bon moment, c’est se protéger, et protéger l’équipe. En affaires comme en mer, s’affirmer devient un superpouvoir.

Les petits bonheurs : nos soirées sur le voilier

Je veux aussi vous parler des moments simples, parce que ce sont eux qui restent.

Au lieu d’utiliser l’annexe pour se rendre à terre ou au restaurant, mon copain et moi, on se concoctait de bons petits repas ensemble. Et après, derrière le voilier, j’allais nourrir les gros poissons.

Chaque endroit, chaque soirée, c’était différent. Des poissons volants sautaient pour attraper le pain. Des oiseaux plongeaient à leur tour pour attraper les poissons volants. Et en dessous, des poissons immenses attendaient patiemment, prêts à gober les petits.

Difficile à décrire, mon engouement pour ces écosystèmes en pleine action. Mais c’est dans ces moments-là que je me rappelle pourquoi je voyage : pour voir, pour ressentir, pour me reconnecter à l’essentiel.

Reconnaître ses limites : un acte de leadership

La mer m’a finalement rappelé une vérité simple : on n’est pas invincibles. La fatigue s’accumule, le corps parle, la peur surgit parfois sans crier gare.

Reconnaître ses limites, ce n’est pas échouer, c’est être lucide.

En entreprise, la pression de performance, l’image, la responsabilité envers les équipes, tout pousse à faire comme si. Mais quand un leader ose nommer ses propres limites, il ouvre la porte à une culture plus saine, plus durable et plus humaine.

Et c’est peut-être le plus grand enseignement de ce voyage :

On traverse mieux quand on prend soin des humains à bord.

🔗 Mon expertise dans le domaine de la construction, des affaires et du réseautage depuis 28 ans se nourrit de rencontres, d’aventures et d’expérimentation stratégique.

Depuis toujours, l’être humain me fascine. C’est pour les rencontres et la possibilité d’aider les gens que j’ai fondé POD Consultation. J’offre un soutien aux entrepreneurs et aux employé.es. Je les accompagne vers une réussite durable, en fonction de leurs talents, dans un travail d’équipe harmonieux et inclusif.

Vous vous demandez si vous pourriez profiter de mes services? Planifions ensemble une rencontre exploratoire pour en discuter! Je peux aussi vous aider ou vous diriger vers une des ressources qui composent mon vaste réseau!

Le réseautage fait partie de mon ADN. C’est dans ma nature.

L’envie de bouger et de me dépasser aussi.

Je voyage comme je vis et comme je mène mon entreprise : bien préparée, avide de rencontres et de découvertes.

C’est ce qui m’a donné envie de créer le blogue Allers-retours : récits de voyage et réseautage en affaires : pour partager avec vous tous les rapprochements que je ne peux m’empêcher de faire entre voyage et affaires.

Saisissez la chance d’être les aventuriers de votre vie.

À très bientôt!

Isabelle